Zoom sur Ysée : “Je souhaite aller en internat pour préparer mon avenir”

A 14 ans, Ysée, actuellement en classe de 4e, a décidé de partir étudier à l’internat pour assurer son avenir. Portrait d’une ado atypique…

Tu souhaites, de ton propre gré, étudier l’année prochaine en internat.

Quelles sont les causes de cette décision ?

Au début de l’année de 4ème, je n’avais pas du tout cette idée. Et je ne pensais pas à l’internat, que l’on imagine, mes amis y compris, comme une punition. Mais au fil de l’année, à cause de mes difficultés scolaires, de mes difficultés avec les professeurs et de différents changements dans ma vie, j’ai pris la décision de partir en internat.

Quels genres de difficultés rencontres-tu exactement ?

L’année dernière, j’avais de très bonnes notes. Cette année, j’ai été déstabilisée par des évènements personnels, comme un ami qui est tombé dans le coma. Et j’ai été malade, ce qui a fait qu’à un moment donné, j’ai souvent manqué le collège. Du coup, ça a déplu aux professeurs et je suis rentrée dans le cercle vicieux.

Qu’est-ce que tu entends par « cercle vicieux » ?

Dès que j’oubliais un cahier, je me faisais disputée ou quand je faisais des efforts, ce n’était jamais assez bien. J’essuyais sans cesse des reproches. Mon nom était noté dans la salle des profs. Comme je ne pouvais pas être un robot, je me suis découragée. Pour en sortir, j’ai commencé à regarder sur internet, je me suis informée pendant plusieurs jours et j’ai parlé de l’internat à mes parents.

Quelles ont été les réactions de tes parents une fois que tu leur as parlé de l’internat ?

Au départ, ils n’étaient pas très à l’aise parce que je n’avais à l’époque que 13 ans et que je ne serais plus à la maison. Mais je leur ai fait comprendre que c’était ce que je voulais, que je voulais vivre une nouvelle expérience. Tous les jours, j’ai cherché sur internet. J’ai déposé une liste de collèges sur leur bureau, avec leurs sites et des informations sur chacun. Quand ils ont vu que je m’étais investie, on en a parlé et on a regardé les sites ensemble. Alors, ils ont accepté.

Quels ont été tes critères de recherche ?

Je me suis renseignée auprès de fils d’amis de mes parents qui sont allés en internat et qui ont eu de très bonnes expériences. Et après je suis effectivement allée sur les sites internet. Le collège dans lequel je vais aller supprime les portables et on les reprend à 20 heures. Les jeunes et les portables, c’est un problème pour se concentrer sur son travail. Je voulais un collège où je puisse vraiment travailler.

Qu’est-ce que tu attends de l’internat ?

 Déjà, de me recadrer. Entre 13 et 14 ans, j’ai évolué : j’ai plus de connaissances, je sors parfois en soirées chez des amis, et tout çela nous chamboule. Ensuite, de me remettre à niveau pour aller dans un lycée parisien. La 3ème est une classe importante pour son avenir. Ce qui est essentiel, c’est qu’au cours de l’année prochaine, je puisse me remotiver.

Quelles vont être les conséquences concrètes sur ta vie quotidienne ?

Ne plus voir mes amis et ne plus pouvoir sortir après l’école. Mais je rencontrerai de nouvelles personnes. Ma famille va me manquer. Aujourd’hui, on est toute la semaine ensemble.

Te sens-tu armée pour cette nouvelle expérience ?

Je crois. J’ai beaucoup voyagé. Je suis allée chez une amie un moi aux Etats-Unis l’été dernier. Alors, je me dis que je suis habituée.

Ton profil est atypique.

Comment vois-tu les autres adolescents de ton âge ?

Du même âge… Je n’ai pas d’amis de mon âge, à part ma meilleure amie, Inès. J’ai un grand-frère, ce qui fait que je suis sans doute plus mature. Dans ma classe, il y a très peu de personnes à qui je peux parler. J’espère rencontrer des personnes plus mûres aussi à l’internat et qui s’intéressent à leur avenir.

Imagine que tu sois parent et que ta fille veuille partir en internat.

Comment réagirais-tu ?

Déjà, je voudrais qu’elle argumente, qu’elle me prouve qu’elle a vraiment besoin d’y aller. Je ne prendrais pas cela à la légère. Ce qu’il faut, c’est se parler, dialoguer et écouter son enfant plutôt que de penser à sa place.