Michel Fize : « Il faut supprimer le bac »

Publié le : 24 janvier 20196 mins de lecture

Le baccalauréat est-il encore utile ?

Le bac a-t-il encore de la valeur ? Eh bien non, selon le sociologue Michel Fize, qui vient de publier « Le bac inutile ». A l’approche des résultats 2012, Adozoom a tenté de comprendre les travers de ce diplôme, ancré dans le système éducatif français. Entretien… 

Pourquoi faut-il, selon vous, supprimer le bac ? Un aménagement du diplôme ne suffirait-il pas ?

Le bac, c’est le symbole de notre système scolaire ultra compétitif et broyeur. Et ce diplôme est très onéreux. Selon les chiffres officiels, il coûte 58 millions d’euros, mais en réalité, il faut doubler, voire tripler ce chiffre. Le bac, c’est 5000 centres d’examens, 170 000 correcteurs mobilisés, à hauteur de 5 euros la copie corrigée. Sans oublier les surveillants, les frais de transports pour « escorter » les sujets… C’est une opération de très grande envergure, qui prend près d’une année. Mais surtout, le bac n’est pas rentable. Il n’apporte pas grand-chose à ceux qui l’obtiennent et qui voudraient rentrer dans le monde du travail. Sur les 70 à 100 bacs différents existants, le rendement est modeste. Si le bac doit se résumer à être une clé pour l’enseignement supérieur, autant le supprimer. La sélection se fait ensuite : par les étudiants qui échouent en première année de médecine, de droit…

Mais le bac ne permet-il pas de préparer les élèves aux examens qu’ils passeront lors de leurs études supérieures ?

Pas du tout. Justement, on ferait mieux de familiariser les élèves de terminale avec le monde de l’université. Instaurer une sorte d’adaptation aux études supérieures, leur faire rencontrer des étudiants de première année, organiser des visites à la faculté… tout cela serait beaucoup plus utile.  

Que faudrait-il mettre à la place du bac ?

Il faudrait faire comme nos voisins belges qui délivrent un certificat de fin d’études du secondaire. Le bac est une immense opération de mémoire. Les élèves empilent tout ce qu’ils ont appris durant l’année, le recrachent pour l’oublier aussitôt. En fait, on évalue la capacité de mémoire. C’est une sélection par l’échec.

Je préfèrerais une évaluation positive des connaissances apprises et des compétences à travers le travail en groupe et un contrôle continu. Même si je n’aime pas le mot contrôle, qui induit l’exercice de vérification, il faut préconiser un système alliant le compétitif et le coopératif. En clair, apprendre aux élèves à être des compétiteurs et à travailler en groupe, ce que demande toute entreprise. Il faut en finir avec le chacun pour soi.

Avez-vous un avis aussi tranché sur le brevet des collèges ?

Non, car le brevet se fait en grande partie en contrôle continu. Même si c’est un tripatouillage de notes pour avoir un taux de réussite élevé, c’est différent du bac.

Le rôle d’un diplôme, c’est la sélection. Il doit définir une élite, ceux qui occuperont les  fonctions prestigieuses de la nation. Le certificat d’études primaires a été supprimé en 1989 car les taux de réussite étaient très élevés. Cela n’avait plus aucun sens. Près de 85 % des élèves passent le bac avec brio. Le taux de réussite atteint même 100 % dans des lycées parisiens comme Louis-le-Grand ! Je ne suis pas de ceux qui pensent que l’on donne le bac à tout le monde. Ces résultats montrent juste que l’on bachote bien. C’est pourquoi, il faut changer de système et supprimer le bac.

Mais est-ce vraiment faisable ?

Ce diplôme est historique, si bien qu’aucun homme politique n’a encore tenté de supprimer « la peine de bac ». Vincent Peillon, comme François Fillon avant, ne s’est pas  dit opposé au contrôle continu. Mais pour que cela ait un impact, cette part doit être importante. Il faudrait qu’à la fin du quinquennat, le bac soit supprimé. Cela doit se faire étape par étape, en augmentant chaque année la part du contrôle continu pour qu’il atteigne 100 % en 2017.

Et la fierté qui allait avec de pair avec l’obtention du bac ?

C’est normal d’être content lorsqu’on réussit quelque chose, mais après ? Je pense qu’aujourd’hui, les jeunes sont même plus fiers d’obtenir leur permis de conduire. Quand ils ont leur bac, ils sont surtout contents de faire la fête, de la fin des cours et des vacances qui vont avec…

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